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Les constatations d’un groupe d’experts indépendants
Les aberrations de la nouvelle nomenclature
Par Badreddine Khris  (Liberté)

- Sur les 114 médicaments composant la nouvelle liste, estiment ces experts, 4 sont produits localement, soit 3,5% de la totalité. Les 110 restant sont des produits importés.
- 12 de l’ensemble des produits, avouent les analystes, n’existent pas sur le Vidal (dictionnaire de référence).
- 13 ne sont pas remboursés en France.
- 29 de cette nouvelle liste ont un Service médical rendu (SMR) insuffisant.
- 81 ont un SMR reconnu.
- 56 produits ne sont pas disponibles sur le marché national.
- 54 se trouvent sur le marché national.
- L’étude fait ressortir que parmi les 34 produits retirés de la liste des remboursables, 16, soit 47%, sont fabriqués localement.
- Le nombre de produits importés sur ces 34 est de 18, soit 53%.
- D’autres experts soulignent que 60% des produits remboursables sont des spécialités alors que la politique nationale du médicament encourage la consommation des génériques.
- Ces mêmes spécialistes signalent que 23 produits n’ayant pas de tarif de référence, favorisent, par voie de conséquence, les médicaments importés à n’importe quel prix.
- Ils indiquent que 21 produits ont un tarif de référence inférieur au prix pratiqué par Saïdal. Étant un opérateur majoritaire sur ce marché, cette entreprise se sent lésée car ses produits ne seront désormais pas consommés, à cause du prix.
- 31 produits ont un tarif de référence supérieur au prix de Saïdal. Puisque ces médicaments sont remboursés, les consommateurs opteraient, à coup sûr, pour ceux importés au grand dam de la production nationale. 

L’avis de M. Louh, ministre du Travail
“Le remboursement, c’est un débat”
Par Badreddine Khris (Liberté)

“Le remboursement des médicaments, c’est un débat où tout un chacun assume ses responsabilités. Le but est que le système de la sécurité sociale assure le remboursement à des malades chroniques (100%) et non chroniques (80%). Mais que le peuple soit tenu au courant des limites de ce système.” Le ministre du Travail prévient que le seul critère avec lequel les experts du CTR mènent leur travail a trait à l’effet thérapeutique prouvé du médicament candidat au remboursement fabriqué ici ou importé. Il a, par ailleurs, annoncé l’élaboration d’un projet portant réorganisation du CTR qui est en cours de finalisation. Ce nouveau texte est conçu pour une meilleure transparence. Sa nouvelle organisation verra certainement l’arrivée des opérateurs en tant que premiers concernés dans ce domaine. Ce projet de loi en gestation consacrera, également, les recours au profit des producteurs qui s’estiment lésés dans les différents choix du CTR. Les quelques changements que compte apporter M. Louh, en concertation avec les autres secteurs concernés, répondent, selon lui, à un souci de transparence et d’équilibre financier du système de la sécurité sociale. Il faut dire qu’une telle décision suscitera l’espoir chez les opérateurs. 

Politique de remboursement du médicament
Une nouvelle liste très controversée
Par Badreddine Khris (Liberté)

Pour des producteurs, elle porte un coup fatal à l’industrie pharmaceutique nationale.

Une majeure partie des organes de presse a été destinataire, récemment, d’un communiqué émanant du ministère du travail et de la sécurité sociale. Le document annonce le rajout de 114 produits pharmaceutiques à la liste des médicaments remboursables et le retrait de 34 autres. Les opérateurs écques activant dans le secteur ont été surpris par une telle décision qu’ils jugent “unilatérale”. Aucun d’eux, estiment-ils, n’a été informé de cette “soudaine” mesure. Pourtant, les producteurs devraient être non seulement le premier maillon de la chaîne à sensibiliser mais aussi celui à consulter et à associer. La situation de confusion engendrée par cet événement — car c’en est un — pose dans la forme un problème de manque de transparence qui caractérise les faits et gestes entrepris par le Comité technique de remboursement (CTR). Eu égard aux missions dont ils sont investis, les membres de cette commission devraient, conformément aux directives du gouvernement, agir en leur âme et conscience, loin de toute pression extérieure.  Mais force est de constater que cette option gouvernementale n’a pas été sans conséquences sur la production nationale. Car, à cette commission technique, composée de représentants des ministères de la Santé, du Travail et du Commerce ainsi que ceux de la Cnas, les industriels n’y sont, apparemment, pas les bienvenus. Leur absence, eux qui sont très au fait de cette problématique, a pesé lourdement sur les propositions sanctionnant les travaux de diverses réunions du CTR. Les mesures prises par ce comité, déclarent les opérateurs, ne reflètent guère la réalité du terrain. Pis, elles sont, selon eux, en parfaite contradiction par rapport aux missions qu’on lui a confiées à sa création. Dans le fond, si l’on tient compte du constat établi par les producteurs frondeurs, cet état de fait remet fatalement en cause les compétences de cet organe, censé pourtant défendre les intérêts du malade et encourager par-là même l’émergence d’une véritable industrie du médicament en Algérie. Cette fâcheuse controverse, née entre producteurs et importateurs, d’un côté et les experts du CTR de l’autre, au lendemain de la publication des listes de produits pharmaceutiques remboursables, impose une évaluation de la politique sociale menée en Algérie. Notre pays s’est engagé dans une couverture sociale qui avoisine les 80%. Le bilan à établir, aujourd’hui, passe impérativement par la réponse à la question suivante : la protection sociale est-elle toujours maintenue à ce taux ? Il y a lieu de faire le distinguo entre la gratuité des soins et le remboursement des médicaments ainsi que les prestations médicales. Ces deux dernières activités relèvent, faut-il le rappeler, des prérogatives de la Cnas, alimentée par les cotisations des adhérents, notamment les travailleurs et autres. Or, l’informel, qui a pris des proportions alarmantes dans l’économie nationale, échappe au contrôle de cette caisse. Un manque à gagner qui serait d’un apport financier considérable pour la Cnas. La stratégie suivie, jusque-là, par les différents régimes qui se sont succédé, visait la protection des cotisants à travers leur prise en charge par le remboursement des médicaments et des prestations médicales. Ces dernières années, le taux de couverture, avouent certains observateurs, n’a pas été respecté et n’a été appliqué que rarement. Ce qui a poussé le gouvernement, par le bais du ministère du travail, à revoir sa politique en rétablissant les choses dans leur contexte. Jusqu’à 1995, tous les médicaments prescrits étaient remboursés automatiquement. Mais depuis, les responsables concernés ont tenté de “tamiser” la liste de la nomenclature en introduisant la notion de non-remboursement par la sécurité sociale. Cette mesure est fondée sur un principe logique, à savoir le retrait de la liste (des remboursables), des produits pharmaceutiques qui ne présentent pas un service médical et thérapeutique prouvé. L’impact théorique d’une telle idée est reconnu mais encore faut-il que les critères permettant l’introduction ou l’exclusion des médicaments de la liste soient appliqués sur la base de dossiers scientifiques et par des experts émérites. Les opérateurs sont, à ce propos, catégoriques. Les listes établies jusque-là ne respectaient pas cette condition. Ils soulignent que des produits, qui n’étaient pas remboursés dans leur pays d’origine, le sont, en revanche, en Algérie. On cite l’exemple d’Actifed qui était remboursé il y a deux ans dans notre pays alors qu’il ne l’était pas en France. Les erreurs commises dans la transcription des noms de marques ont constitué, aussi, un facteur d’exclusion. La liste des produits remboursables, constatent encore les producteurs, présentait une différence et une disparité criante d’une agence Cnas à une autre. Le respect du prix de référence sur lequel devait se baser le remboursement des caisses n’était pas, indiquent-ils, uniforme d’une région à un autre. Le choix du prix de référence était contraire au principe du remboursement sur un tarif de référence le plus bas. En d’autres termes, le prix de référence des produits de spécialité — plus convoités — est privilégié par rapport à celui des génériques. L’autre grief retenu par les producteurs a trait aux médicaments destinés à des maladies chroniques constituant la partie la plus importante dans un traitement, qui étaient exclus de la liste des remboursables. Pour eux, cette accumulation d’irrégularités a provoqué le courroux des malades et donné un coup de scalpel au contrat signé par les producteurs avec les autorités concernées. Pour en revenir à la nouvelle liste des 114 produits introduits, le fait que les producteurs n’aient pas été informés à temps risque d’infliger un coup fatal au programme de développement au sein des usines de production. À peine s’ils ont commencé à s’adapter à une liste, ne voilà-t-il pas qu’une autre vient les remettre devant le fait accompli. Ils souhaitent une marge de manœuvre qui leur permettra de stopper la chaîne de fabrication de produits déclarés non remboursables pour lesquels le marché risque de diminuer afin de les remplacer par d’autres. Ceci dénote, affirment-ils, le manque de concertation et de transparence. Chaque partie campe sur ses positions. Les membres du CTR ne veulent pas être des lampistes car, selon eux, leur rôle est purement consultatif. Les producteurs, pour leur part, refusent d’être traités de dociles quant aux diverses décisions du CTR. D’où la décision du ministre de travail d’entamer l’élaboration d’un projet portant réorganisation de ce comité.

DERRIÈRE LA NOMENCLATURE PHARMACEUTIQUE
Conflits d’intérêts entre la production et l’importation ?
Par Wahib A. (Liberté)

Quel traitement faut-il préconiser pour garantir les intérêts du malade algérien sans pour autant faire souffrir l’effort de production locale et menacer le devenir d’une industrie pharmaceutique made in Algeria au profit d’une lourde orientation à l’importation ? Peut-on concilier l’efficacité thérapeutique d’un médicament avec un autre élément de dimension économique consistant à préserver le produit local ?             
Le marché du médicament en Algérie, fort d’un enjeu de 600 millions de dollars à l’importation et récemment agrémenté de quelques investissements prétendant à la réduction de cette hémorragie de devise par effet de substitution, reste encore en proie à des controverses entretenues à chaque annonce de la liste officielle consacrant le remboursement de cette chère “substance”. D’une part, les producteurs locaux, publics et privés criant au scandale et à la dérive et, de l’autre, le fameux CTR (Comité technique de remboursement), autorité chargée de réglementer l’éligibilité des médicaments au remboursement sur la base de critères souvent décriés par les opérateurs de la place. Tout semble donc se jouer au niveau du remboursement qui s’avère être un véritable levier, voire une commande — réglementaire ou scientifique ? —, influant sur la consommation et par prolongement sur la production des médicaments. Il est évident que le malade ne se permettra qu’un médicament remboursable et orientera son traitement en fonction de cette option. De même que l’opérateur, producteur ou commerçant ou importateur subit ou tire bénéfice parfois, suivant les effets du simple hasard découlant du facteur essentiel et capital qu’est le remboursement. Il est vrai aussi que les conséquences d’une telle influence sur le producteur et l’importateur ne peuvent être de même poids, puisque le premier risque de se trouver en situation de fait accompli et voir ainsi sa production boudée en fin de parcours par le consommateur, au seul motif qu’elle n’est pas apte au remboursement. Entre le syndicat des industriels de pharmacie et l’instance CTR, il y a le malade, le médecin prescripteur, le pharmacien et bien sûr des laboratoires et des firmes multinationales. Il y a aussi et surtout les ressources allouées aux caisses de sécurité sociale, lesquelles, en l’état actuel de la liste des médicaments remboursables, profiteraient à hauteur de 95% aux grandes firmes internationales, selon le président du SAIP, le Dr Djebbar qui se bat pour une plus grande protection de la production locale. Or, celle-ci passe par une “algérianisation” de la fameuse liste ou un rééquilibrage à trouver entre le médicament importé et celui fabriqué localement. “Le médecin ne prescrira plus que des médicaments remboursables et sera tenu ainsi d’exclure les autres, afin de ne pas pénaliser le malade financièrement”, nous apprend un pharmacien qui nous dit aussi conseiller ses clients sur cette question. “Dans cette situation, je dois m’adapter et orienter mes approvisionnements selon ce paramètre de remboursement. Les produits qui ne le sont pas ne pourront forcément pas être vendus facilement, car la clientèle est très sensible sur ces aspects”, ajoute-t-il. Autrement dit, médecins et pharmaciens composeront inéluctablement avec cette liste, sous peine de se voir exclus du marché. “Même les grossistes ne trouveront plus intérêt à acheter chez nous et réviseront à la baisse leur commande. Pourquoi voulez-vous qu’ils s’encombrent de produits déclarés non remboursables ?”, s’interroge, dépité, cet industriel privé.

  

 

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